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Les pharmaciens inquiets pour leur avenir, d'après Le Figaro

Dans son édition du 20 mai 2016, Le Figaro dédie un article de sa rubrique Économie à la situation des pharmaciens, inquiets pour leur avenir, les jeunes ne se précipitant pas vers une profession qui « tarde à opérer sa mutation ».

En voici un extrait :

La pharmacie d’officine est à « un tournant », a averti jeudi Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens. De plus en plus de pharmacies baissent le rideau, au point que, en 2016, 181 officines, soit une tous les deux jours, ont fermé. En dix ans, 1000 points de vente ont disparu. En apparence, la situation est loin d’être dramatique. Le nombre de pharmaciens de l’Hexagone, près de 75 000, n’a pas diminué l’an dernier. Et, si les zones rurales, à commencer par la Corrèze (- 3,6 %), l’Orne et la Haute-Marne sont les plus visées par les fermetures d’officines, il n’y a pas en France de désert pharmaceutique. En outre, contrairement à une idée répandue, « il n’y a pas que les pharmacies de petite taille qui disparaissent. Un tiers des fermetures concernent des officines effectuant plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires », souligne Isabelle Adenot. Au final, souligne-t-elle, la concentration du secteur et le recours à l’exercice groupé préservent le maillage territorial de proximité. La France n’est pas plus mal lotie que ses voisins : la densité de pharmacies au kilomètre carré dans l’Hexagone est dans la moyenne européenne.
 
En revanche, la pyramide des âges est inquiétante. Les titulaires d’officine ont plutôt retardé leur départ en retraite ces dernières années. Mais près de 2500 d’entre eux ont déjà 66 ans ou plus et, d’ici dix ans, ils seront 21000 à partir à la retraite, pointent les responsables de l’Ordre des pharmaciens.
 
Or, les jeunes diplômés sont loin d’être assez nombreux pour prendre le relais et l’officine les attire de moins en moins. Alors que 70% des étudiants diplômés choisissaient, il y a quelques années de travailler en officine, ils ne sont plus qu’un tiers, soit près de 700 en 2015, à faire ce choix. Et, contrairement aux médecins, peu de pharmaciens étrangers ou formés à l’étranger s’installent aujourd’hui en France.
 
« Quand les jeunes ne savent pas à quoi va ressembler leur métier, il n’y a pas de raison qu’ils choisissent cette filière, déplore Isabelle Adenot. Il faut libérer les entraves qui bloquent la profession. » Pour la patronne des pharmaciens, il faut aussi en finir avec les réglementations qui attendent toujours d’être mises en place. C’est le cas notamment des décrets prévus dans le cadre de la loi HPSTde 2009, qui ne sont toujours pas publiés. L’Ordre envisage, par conséquent, de saisir le Conseil d’État pour accélérer le processus. 
 
Ces textes très attendus concernent les conditions d’installation des pharmaciens (création ou transfert des officines, entrée au capital des pharmaciens adjoints). Ils ciblent aussi les nouvelles activités confiées aux pharmacies contre rémunération. Celles-ci balaient un large champ, du rôle de conseil dans le suivi des prescriptions aux « tests rapides d’orientation diagnostique » pour le dépistage des maladies en passant par les bilans de médication (c’est-à-dire l’évaluation de l’observance et de la tolérance d’un traitement).
 
Les officines doivent évoluer. Il faut « utiliser escapacités des professionnels de santé », ajoute Isabelle Adenot en pointant la vaccination, qui pourrait être confiée aux pharmaciens. Partout dans le monde, les pratiques des pharmaciens évoluent et s’enrichissent, rappellent les responsables de l’Ordre.